February 27, 2026
Sarah Giraudineau

Relocalisation économique : tout comprendre

AU SOMMAIRE 👇 :

des produits durables pour entreprises responsables

Les bouleversements économiques et géopolitiques récents ont profondément changé nos manières de vivre. De nombreuses entreprises, qui avaient choisi de délocaliser leurs activités dans des pays à moindres coûts, font désormais marche arrière et décident de revenir dans leur pays d’origine.

Pourquoi ce choix s’impose-t-il de plus en plus ? Et comment mettre en place un projet de retour efficace ? Dans cet article, découvrez un guide complet pour tout comprendre sur les relocalisations .

Qu'est-ce que la relocalisation économique ?

Cela consiste, pour une entreprise, à rapatrier l’ensemble ou une partie de ses activités dans son pays d’origine.

On parle généralement de réindustrialisation lorsque les usines de production sont rapatriées mais la relocalisation d'entreprises peut également concerner des services supports comme le service client, la tech, ou encore l'encadrement.

Délocaliser vs relocaliser : quelles différences ?

Pendant de nombreuses décennies, beaucoup d’entreprises françaises ont fait le choix de transférer une partie ou la totalité de leur activité dans d'autres pays. C’est ce qu’on appelle la délocalisation. Ce phénomène a été généralement motivé par des coûts de production moins élevés, des charges sociales plus faibles ou encore une fiscalité plus avantageuse.

Cependant, en raison de l'impact des crises récentes et des demandes des consommateurs, de plus en plus d'entreprises réévaluent leur stratégie.

Elles rapatrient leurs activités dans leur pays d’origine, afin d’être plus indépendantes et de pouvoir mieux réagir aux bouleversements mondiaux.

D'après une étude menée par l'Insee, entre janvier 2018 et décembre 2020, 1,2% des entreprises françaises de plus de 50 salariés ont ainsi relocalisé au moins une activité, un chiffre encore modeste à l'époque, mais déjà révélateur d’un changement de cap progressif (Source : Insee).

Usine Malongo relocalisée à La-Roche-sur-Yon en Vendée, pour fabriquer ses cafetières Expresso Eoh 100 % made in France. (© Thomas Louapre - DIVERGENCE)
Usine Malongo relocalisée à La-Roche-sur-Yon en Vendée, pour fabriquer ses cafetières Expresso Eoh 100 % made in France. (© Thomas Louapre - DIVERGENCE)

Les différents types : production, services, emplois

Il est possible de faire revenir différentes parties de sa société :  la production, les services et les emplois.

  • La production - qu’on appelle aussi relocalisation industrielle - concerne le rapatriement des usines, des processus de fabrication et des infrastructures industrielles. Autrement dit, c'est l’ensemble de la capacité de production industrielle de l’entreprise.
  • Les services porte sur les activités de l’entreprise qui étaient souvent externalisées à l’étranger, telles que le service client, les centres d’appels, ou encore le développement informatique.
  • Les emplois consiste à créer de nouveaux postes dans les secteurs liés à l’industrie et aux services, dynamisant ainsi le marché de l’emploi local.

Pourquoi la relocalisation économique s'accélère-t-elle aujourd'hui ?

Contexte économique et géopolitique propice

Ces dernières années, ce mouvement de retour s’est intensifié en raison des bouleversements économiques et géopolitiques qui ont impacté l’ensemble du globe, remettant en question les fondements mêmes de la mondialisation.

En effet, la crise sanitaire du Covid-19 et la guerre en Ukraine ont mis en évidence la fragilité des chaînes d’approvisionnement internationales et la dépendance aux produits étrangers concernant de nombreux secteurs.

Ainsi, des perturbations comme des pénuries en matières premières, la hausse des frais de transport, des prix de l'énergie ou encore des délais d’approvisionnement rallongés, ont contraint de nombreuses entreprises à tout repenser en profondeur.

D'après une étude menée par Trendeo, dès la mi-septembre 2023, 36 projets de relocalisation ont été recensés en France, avec près de 500 emplois créés : un signe tangible de cette dynamique de transformation industrielle (Source : Anityme).

Impact des crises sanitaires et logistiques récentes

La crise du Covid-19 a mis en lumière la vulnérabilité de nombreuses chaînes d’approvisionnement mondiales. Du jour au lendemain, il est devenu beaucoup plus difficile de se procurer des produits essentiels tels que les équipements médicaux, les composants électroniques et certains produits agroalimentaires. Cela a révélé notre forte dépendance vis-à-vis des marchés étrangers, notamment pour des produits stratégiques.

Nouvelles tendances de consommation et production locale

Depuis quelques années, la volonté de consommer des produits fabriqués sur le sol français s'est renforcée.

En effet, les consommateurs souhaitent désormais connaître l'origine des produits qu'ils consomment, leurs conditions de production et de fabrication, ainsi que l'impact environnemental de leurs achats. Initialement portée par le secteur alimentaire, cette aspiration au local s'étend aujourd'hui à de nombreux domaines comme la cosmétique, le textile ou encore l’électroménager.

Désormais, proposer une production locale est perçu comme un gage de qualité et un facteur de différenciation aux yeux des consommateurs.

Quels sont les avantages de la relocalisation pour les entreprises ?

De plus en plus de sociétés françaises franchissent le pas de rapatrier dans le pays leurs activités afin de renforcer leur compétitivité et de sécuriser leur activité. C’est le cas du groupe Fashion Cube, regroupant des marques comme Jules et Pimkie, qui a investi 3 millions d’euros pour rapatrier sa production de jeans à Neuville-en-Ferrain, dans le Nord (Source : Acts and Facts). Ou encore de Toyota, qui a rapatrié à Ancenis la fabrication de ses chariots élévateurs, auparavant produits en Chine, investissant un budget de 8 millions d'euros et générant près de 50 postes (Source : Ouest France).

Quels sont les enjeux que ces structures souhaitent adresser en faisant cela ?

Réduction des frais de transport et délais logistiques

En rapprochant leur chaîne de production, les sociétés réduisent significativement leurs frais de transport ainsi que les délais logistiques (livraison, stockage, approvisionnement).

Elles optimisent ainsi leurs marges opérationnelles et améliorent le niveau de satisfaction des clients.

Amélioration de l'image de marque et engagement local

Ces projets constituent également un levier fort pour renforcer l’image de marque. En effet, en produisant localement, les entreprises valorisent leurs engagements RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises), désormais au cœur des attentes des consommateurs.

En parallèle, en participant activement au renforcement de l'attractivité des territoires touchés par la désindustrialisation elles peuvent souvent prétendre à des aides financières même si cela n'est pas à l'origine de leur démarche (nous pensons par exemple au plan France relance).

Enfin produire localement est souvent synonyme de meilleure qualité perçue de la part des consommateurs.

Gestion des risques liés aux crises géopolitiques et sanitaires

La relocalisation d'une partie de leur production permet aux entreprises de réduire leur dépendance aux importations et donc aux chaînes d’approvisionnement mondiales, pouvant être fragilisées par des événements géopolitiques ou sanitaires.

Les défis et inconvénients

Avoir les reins solides

Si les projets de retour offrent de nombreuses opportunités, ils impliquent cependant des investissements conséquents, nécessitant une capacité financière solide.

Il est en effet nécessaire pour les entreprises d’anticiper une augmentation des coûts de production, notamment en matière de main-d’œuvre, d’énergie ou d'immobiliers (loyers, construction de nouvelles unités de production…).

De plus, installer ou réhabiliter des infrastructures industrielles en France exige souvent de respecter des normes sociales et environnementales strictes, ce qui peut augmenter l'enveloppe globale du projet.

Manque de compétences locales et difficultés de recrutement

Après plusieurs décennies de délocalisations massives, certains savoir-faire industriels se sont raréfiés, notamment dans des métiers techniques spécialisés comme les soudeurs, les opérateurs de machines ou encore les électrotechniciens.

Pour répondre à cette pénurie de compétences et pallier les difficultés de recrutement, les entreprises doivent mettre en place des programmes de formation et de reconversion professionnelle. En effet, former de nouveaux collaborateurs devient un enjeu stratégique essentiel pour assurer la réussite d'un projet de retour.

Quel impact pour l'économie locale et nationale ?

Création d'emplois et dynamisation des territoires

Le premier impact est de renforcer le tissu industriel de nombreux territoires. En réimplantant leurs activités dans leur pays d'origine, les entreprises contribuent à créer de nouveaux postes, non seulement dans l’industrie, mais aussi dans les services annexes comme la logistique ou la maintenance.

D'après le Ministère du Travail, depuis 2017, la France a créé plus de 130 000 nouveaux postes liés à l'industrie (Source : Ministère du Travail). Une dynamique qui permet de revitaliser des bassins d'emploi oubliés par les délocalisations massives.

Contribution à la souveraineté industrielle

Revenir ne se limite pas au simple rapatriement d'activités : cela permet souvent de sécuriser des chaînes de valeur stratégiques et à renforcer l'indépendance économique du pays concerné.

À terme, cette décision des sociétés peut donc constituer un axe déterminant pour consolider durablement la souveraineté industrielle française, avec des bénéfices économiques, sociaux et environnementaux.

Quels sont les effets environnementaux d'une relocalisation en France ?

Réduction des émissions de carbone

En favorisant des circuits courts et en rapprochant les unités de production des marchés de consommation, la relocalisation permet de limiter les transports internationaux, réduisant significativement l’empreinte carbone des entreprises françaises. À titre d'exemple, le transport aérien génère environ 25 fois plus d’émissions de CO₂ que le transport routier, et près de 100 fois plus que le transport ferroviaire ou maritime, pour un volume équivalent de marchandises (Source : Carbone 4). Ainsi, en limitant les transports aériens longue distance, les entreprises relocalisées contribuent à diminuer l'impact environnemental global de leurs activités.

Cependant, dans de nombreux cas, les entreprises utilisent le transport maritime, dont l’impact carbone reste relativement faible. Toutefois, le vrai levier d’émissions se situe souvent en amont, au niveau du mix énergétique utilisé pour fabriquer les produits. En effet, dans des pays comme le Vietnam ou la Chine, la production d’électricité repose encore en grande partie sur le charbon ou d’autres énergies fossiles fortement émettrices. Fabriquer un même produit dans ces conditions peut ainsi générer beaucoup plus de CO₂ qu’en France, où le mix énergétique est beaucoup moins carboné, notamment grâce au nucléaire et aux énergies renouvelables.

Prenons l'exemple de la fabrication d'une paire de sneakers. Selon une étude du MIT - le Massachusets Institute of Technology, la production d'une paire de chaussures de sport peut générer jusqu'à 14 kg de CO₂ (Source : MIT Open Access Articles - Manufacturing-focused emissions reductions in footwear production). Si cette production est réalisée dans un pays à forte intensité carbone, comme le Vietnam, les émissions peuvent être significativement plus élevées que si la même paire était produite en France. En effet, le mix énergétique français, composé à plus de 90 % d'énergies bas carbone, permet de réduire considérablement les émissions liées à la fabrication.

Relocaliser une production en France, ce n’est donc pas seulement raccourcir les circuits de distribution : c’est aussi produire dans un environnement énergétique plus sain, avec un impact environnemental nettement réduit dès la phase de fabrication.

Effets sur les ressources locales et la gestion des déchets

Relocaliser peut accentuer la pression sur certaines ressources locales comme l’eau, l’électricité, les sols ou les matières premières. Pour garantir qu'une relocalisation industrielle n’entraîne pas de déséquilibres environnementaux, il est indispensable d’adopter des stratégies de gestion durable dès la phase de lancement du projet : limitation des consommations, recours aux énergies renouvelables, valorisation des déchets industriels…

Intégrer les principes du développement durable est devenu essentiel pour garantir un impact environnemental positif sur le long terme.

Les étapes clés pour réussir

Pour réussir leur pari les acteurs économiques doivent suivre une méthodologie rigoureuse reposant sur plusieurs étapes clés.

1. Réaliser une analyse de faisabilité approfondie

La première étape consiste à analyser précisément les coûts associés à une localisation dans le pays d'origine, en les comparant au maintien de la production à l’étranger sur différents postes de dépenses (main-d'œuvre, matériaux, énergie…).

Il est également essentiel d’étudier les besoins du marché local et d’évaluer les attentes des consommateurs. Cette analyse doit inclure l’identification des risques industriels, opérationnels et financiers liés au processus de relocalisation.

2. Définir une stratégie locale alignée sur les objectifs de l’entreprise

Définir une stratégie claire est crucial pour garantir la pérennité du projet. Pour cela, il faut fixer des objectifs précis tels que la réduction des coûts logistiques, l’amélioration de la qualité, le renforcement de la compétitivité ou encore la souveraineté industrielle.

De plus, le lieu d’implantation doit être soigneusement sélectionné, car il conditionne la performance industrielle et logistique de l’entreprise. En effet, il est essentiel de répondre à des critères stratégiques comme l’accès à un bassin d’emploi qualifié, la proximité avec les consommateurs et l’existence de dispositifs d’aides publiques.

3. Sécuriser des partenariats et des alliances locales

Une relocalisation réussie repose également sur la création d’un écosystème local solide. Il est essentiel d’identifier des partenaires fiables (fournisseurs, prestataires logistiques, sous-traitants industriels) et de nouer des alliances stratégiques afin de sécuriser l’approvisionnement, de renforcer la flexibilité et de favoriser la résilience du projet de relocalisation.

Travailler avec les collectivités territoriales est également un atout pour accéder à des soutiens financiers et logistiques complémentaires. Cet un accompagnement des territoires permet de renforcer la dynamique économique locale.

4. Planifier la transition logistique et opérationnelle

La réussite de la relocalisation dépend d’une planification précise :

  • Définir un calendrier clair des étapes de la transition logistique et opérationnelle (quoi faire et quand).
  • Identifier les responsabilités et les ressources nécessaires. Cela inclut des ressources en main d'oeuvre, matérielles (par exemple, la construction d'une nouvelle usine) et financières.
  • Anticiper les besoins logistiques (stockage, transport local, distribution).
  • Repenser les circuits d’approvisionnement pour réduire les délais et limiter les risques.
  • Organiser la coordination entre les différents centres de production locaux.

Par ailleurs, il est fortement recommandé de constituer une équipe projet dédiée, chargée de superviser la coordination et d’assurer le bon déroulement de l’ensemble du processus de relocalisation.

5. Adapter les processus internes et former les équipes

Une stratégie de relocalisation exige une évolution des process internes, souvent en intégrant davantage d'automatisation ou de digitalisation, notamment dans les opérations de fabrication, de logistique ou de gestion de la qualité.

De plus, il est important de recruter localement et d’accompagner la montée en compétences des nouveaux collaborateurs grâce à des programmes de formation adaptés.

6. Gérer les aspects financiers et prévoir un budget

Une évaluation précise du coût total du projet est indispensable : adaptation ou création de locaux, acquisition d’équipements industriels, recrutements, campagnes de communication…

Il est également nécessaire de prévoir un budget dédié pour absorber les coûts imprévus et assurer la rentabilité du projet à moyen et long termes.

7. Communiquer avec les parties prenantes

Une communication maîtrisée est essentielle pour garantir l’adhésion des parties prenantes et accompagner la réussite opérationnelle du projet. En interne, il convient d'informer et de fédérer les équipes autour du projet de relocalisation, dès son lancement. En externe, une communication transparente auprès des clients, des partenaires et des médias permettra de valoriser l'engagement en faveur de la production locale, tout en renforçant le lien de confiance avec les consommateurs.

Relocalisation : une tendance durable ou temporaire ?

Les perspectives à court, moyen et long terme

Le mouvement des relocalisations s’est accéléré ces dernières années, porté par des facteurs économiques, géopolitiques et sociétaux.

  • À court terme, le mouvement de retour connaît une hausse progressive, soutenue par des dispositifs publics. De plus, de nombreux projets pilotes sont développés dans des secteurs stratégiques comme la santé ou l’électronique.
  • À moyen terme, il est nécessaire d’adapter les infrastructures (réseaux logistiques, capacités industrielles) et de renforcer les compétences locales.
  • À long terme, les prises d'initiative pourront se développer dans des filières clés tels que l’agroalimentaire, la santé ou l’industrie technologique, uniquement si des écosystèmes économiques plus durables sont présents.

Les politiques publiques en soutien à la relocalisation

Depuis septembre 2020, l’État français a déployé un vaste programme de relocalisation grâce à plusieurs dispositifs. Avec France Relance, Territoires d’industrie et Plan France 2030, plusieurs milliards d’euros ont été investis pour soutenir les entreprises souhaitant se réimplanter sur le territoire français. Depuis, 155 nouvelles relocalisations ont été réalisées, renforçant progressivement le tissu industriel local (Source : Cabinet d’études Trendeo).

Ce plan de relocalisation vise à renforcer l'industrie française et sa souveraineté, dynamiser l’emploi local, réduire l’impact environnemental et moderniser les infrastructures de production. Le programme de relocalisation cible des secteurs stratégiques : la santé, l’agroalimentaire, l’électronique, les intrants industriels et les télécommunications, notamment la 5G.

Relocalisation et digitalisation : vers une nouvelle ère industrielle

La révolution numérique joue un rôle clé dans la viabilité d’un projet de relocalisation industrielle. En effet, la digitalisation permet d’optimiser les performances des centres de production grâce à l’automatisation, à la robotisation et à l’utilisation de l’intelligence artificielle.

Usine robotisée (Unsplash)
Usine robotisée (Unsplash)

La digitalisation permet ainsi de compenser partiellement le différentiel de coûts salariaux entre la France et d'autres pays à bas coût, tout en renforçant l'efficacité, la qualité et l'innovation. Relocalisation et transition numérique avancent donc désormais main dans la main, dessinant les contours d’une nouvelle ère industrielle plus responsable.

La relocalisation économique s'inscrit dans une démarche stratégique durable, alliant souveraineté industrielle, engagement environnemental et dynamisme local. Si elle comporte des défis importants, elle offre aux entreprises l’opportunité de construire un modèle plus solide, axé sur la qualité de production, une meilleure maîtrise de leur activité et un engagement responsable pour l'avenir.

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